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Obésité | un phénomène mondial aux conséquences néfastes pour tous

Obésité | un phénomène mondial aux conséquences néfastes pour tous
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Paresse. Manque de motivation. Manque d’autodiscipline. Manque de volonté.

Ce ne sont là que quelques-uns des préjugés largement répandus et ancrés dans la société nord-américaine pour expliquer le surpoids ou la forte corpulence de certaines personnes. Connue depuis quelques années sous le nom de grossophobie, cette attitude fait que de nombreuses personnes en surpoids sont blâmées, taquinées, brimées, maltraitées et discriminées.

On n’échappe nulle part à la stigmatisation sociale liée au poids. Des recherches sur plusieurs décennies ont montré que la stigmatisation des personnes en surpoids était présente sur les lieux de travail, dans les écoles, les établissements de santé, les lieux publics et les médias, ainsi que dans les relations interpersonnelles avec les amis et les membres de la famille. Elle est omniprésente.

En tant que psychologue et chercheure au Rudd Center for Food Policy & Obesity de l’Université du Connecticut, j’étudie depuis 20 ans avec mon équipe la stigmatisation liée au poids. Nous avons travaillé sur les origines et la prévalence de cette stigmatisation, sa présence dans différents contextes sociétaux, les dommages qu’elle cause à la santé des gens et les stratégies pour s’attaquer à ce problème.

Un homme avec ses amis prenant un repas ensemble sur la terrasse d'un restaurant
Les chercheurs ont interrogé près de 14 000 adultes qui tentaient activement de gérer leur poids dans six pays. L’étude portait sur leur expérience de la stigmatisation et des préjugés liés au poids.
(Martine Doucet/E+ via Getty)

Nous venons de conclure une étude internationale qui montre clairement que la stigmatisation des personnes qui souffrent d’embonpoint est répandue, dommageable et difficile à éradiquer. Cette dévalorisation sociétale constitue une réelle épreuve pour les personnes en surpoids, et ce dans différents pays de langues et de cultures diverses.

Un préjugé persistant

Parmi les adultes américains, la stigmatisation liée au poids est courante, puisque 40 % d’entre eux déclarent avoir été victimes de moqueries, de traitements injustes et de discrimination liés au poids. Ces mauvaises expériences sont plus fréquentes chez les personnes ayant un indice de masse corporelle élevé ou souffrant d’obésité et chez les femmes. Chez les jeunes, le poids corporel est l’une des raisons les plus courantes de taquineries et de brimades.

Le fait que plus de 40 % des Américains et près de 30 % des Canadiens soient obèses n’a pas amélioré l’attitude du public envers eux. Bien que les jugements défavorables de la société à l’égard d’autres groupes stigmatisés aient diminué au cours des dernières décennies, les préjugés liés au poids n’ont guère évolué. Dans certains cas, ils s’aggravent.

Une jeune fille travaille sur son ordinateur portable tard dans la nuit
Chez les jeunes, le poids élevé est l’une des raisons les plus courantes des moqueries et des brimades.
(Vladimir Vladimirov/E+ via Getty)

L’opinion dominante selon laquelle les gens sont responsables de leur poids, malgré les nombreuses preuves scientifiques des causes complexes et multifactorielles de l’obésité, est l’une des raisons pour lesquelles la stigmatisation du poids persiste. Cet état d’esprit est difficile à changer étant donné la célébration de la minceur dans la culture nord-américaine, les représentations négatives des personnes corpulentes dans les médias et l’industrie florissante des régimes. Ces facteurs renforcent le postulat erroné selon lequel le poids corporel est infiniment malléable. L’absence de législation se positionne également comme un facteur de la persistance de la discrimination basée sur le poids.

Contrairement à la croyance populaire, la stigmatisation liée au poids ne motive pas les gens à maigrir. Au contraire, elle mine leur santé et affecte leur qualité de vie. Les effets néfastes de la stigmatisation liée au poids sont incontestables et durables. Ils vont de la détresse émotionnelle – symptômes dépressifs, anxiété, faible estime de soi – aux troubles de l’alimentation, aux comportements alimentaires malsains, à la diminution de l’activité physique, à la prise de poids, à l’augmentation du stress physiologique et à l’évitement des soins de santé.

Un combat collectif

La stigmatisation des personnes grosses n’existe pas qu’aux États-Unis et au Canada. Elle est répandue dans le monde entier. Cependant, peu d’études ont comparé plus précisément les effets de stigmatisation du poids dans différents pays.




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Dans notre plus récente étude, nous avons comparé les expériences vécues de stigmatisation liée au poids dans six pays : Australie, Canada, France, Allemagne, Grande-Bretagne et États-Unis. Ces pays partagent des valeurs sociétales communes qui rejettent sur l’individu la responsabilité du poids corporel et font très peu pour lutter contre la grossophobie et la maltraitance liées au poids. L’étude incluait 13 996 participants adultes (environ 2 000 personnes par pays) aux prises avec des problèmes de gestion de poids.

Les préjugés auxquels les personnes font face en raison de leur poids ou de leur corpulence se sont révélés remarquablement similaires dans les six pays, plus de la moitié des participants à l’étude – 58 % en moyenne – ayant été victimes de stigmatisation liée au poids. Les relations interpersonnelles associées davantage à la stigmatisation du poids impliquaient des membres de la famille (76%-87%), des camarades de classe (72%-76%) et des médecins (58%-73%). Ces expériences étaient plus fréquentes et plus pénibles pendant l’enfance et l’adolescence.

Nombreux sont les participants ayant intégré ces expériences stigmatisantes dans l’image qu’ils ont d’eux-mêmes. Dans ce processus d’internalisation des préjugés liés au poids, ils s’appliquent à eux-mêmes des stéréotypes sociétaux négatifs. Ils se blâment pour leur poids, se considèrent comme inférieurs et méritant la réprobation de la société.

Nos recherches antérieures nous ont appris que l’intériorisation des préjugés liés au poids a des conséquences néfastes sur la santé, et ce fut également le cas avec cette nouvelle étude. Dans les six pays étudiés, plus les personnes intériorisaient les préjugés liés au poids, plus elles prenaient du poids au cours de l’année précédente, utilisaient la nourriture pour gérer le stress, évitaient d’aller à la salle de sport, avaient une image corporelle malsaine et se déclaraient plus stressées. Les mêmes résultats se maintenaient, peu importe la corpulence des personnes interrogées ou leur expérience antérieure de stigmatisation.

De plus, dans ces six pays, les personnes qui intériorisent le plus les préjugés liés au poids font état d’une moins bonne santé et d’une moins bonne prise en charge dans le système de santé, ce qui a un impact sur leur qualité de vie. Elles évitaient de se faire soigner, subissaient des examens moins fréquents et signalaient davantage de soins de qualité inférieure que les personnes ayant moins intériorisé leur poids.

Grâce à cette perspective internationale unique, notre étude révèle que la stigmatisation liée au poids est vécue à grande échelle, souvent intériorisée et liée à une mauvaise santé et à des soins de santé médiocres chez les personnes qui tentent de surveiller leur poids. En ce sens, la lutte contre la grossophobie apparaît comme un combat collectif, mais c’est un combat que les gens mènent vraisemblablement individuellement.

Des raisons d’être optimiste

Si le chemin est encore ardu pour éliminer la stigmatisation liée au poids, les attitudes sociétales évoluent. Ces dernières années, les méfaits de la grossophobie ont fait l’objet d’une attention accrue de la part du public, tout comme le mouvement pour une image corporelle positive. Ces deux phénomènes contribuent à renforcer les appels à la mobilisation pour mettre fin aux traitements injustes liés au poids.

La communauté médicale est également de plus en plus consciente de la nécessité d’agir. En 2020, plus de 100 organisations médicales et scientifiques de neuf pays ont signé une déclaration commune et un engagement à sensibiliser l’opinion sur la stigmatisation du poids et ses effets néfastes. Ces experts médicaux veulent défaire le discours culpabilisant et aider à lutter contre la stigmatisation du poids dans les médias, les soins de santé et dans les comportements publics.

Une femme de forte taille rit et discute avec des amis lors d'une fête dans un jardin
Une majorité d’Américains estime qu’il est temps d’ajouter le poids corporel comme catégorie protégée dans les lois étatiques existantes sur les droits civils, à côté de catégories comme la race et l’âge.
(Thomas Barwick/Stone via Getty)

Nos recherches montrent un soutien important du public en faveur de politiques visant à lutter contre la discrimination basée sur le poids. Dans une série d’études nationales, nous avons constaté que plus de 70 % des Américains sont favorables à l’ajout du critère du poids corporel, au même titre que des catégories comme la race et l’âge, dans les lois étatiques existantes sur les droits civils. Ils sont également favorables à une nouvelle législation qui rendrait illégale la discrimination des employeurs à l’encontre de leurs employés en raison de leur poids.

Cela reviendrait à faire de la stigmatisation liée au poids à la fois une injustice sociale et un problème de santé publique.

Je pense qu’une mobilisation collective est nécessaire pour s’attaquer à ce problème. Cela peut sembler difficile, mais il s’agit dans les faits d’un enjeu on ne peut plus simple: garantir le respect, la dignité et l’égalité de traitement pour les personnes de tous poids et de toutes corpulences.



Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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